Dix ans après le référendum, on peut enfin arrêter de spéculer sur le Brexit et regarder les comptes. Ce que nous y avons trouvé nous a surpris sur un point : ce ne sont pas les grands groupes qui ont encaissé le choc, ce sont les tout petits.
En bref
- Le nombre de micro-entreprises britanniques exportant vers l’Union a chuté de 31 % entre 2019 et 2024, contre une quasi-stabilité pour les grands groupes.
- L’Union pèse encore 41 % des exportations britanniques en 2024, contre 42,3 % en 2015 : la géographie du commerce n’a pas basculé.
- Plus de 440 entreprises financières ont déplacé au moins une activité hors de Londres, sans qu’un centre européen unique ne prenne le relais.
- Depuis 2025, la relation se renégocie : zone sanitaire commune à l’étude, adéquation des données renouvelée, nouveaux contrôles aux frontières.
Pour une entreprise, le Brexit ne s’est pas traduit par la perte d’un marché mais par l’apparition d’un coût fixe : formalités douanières, certificats, déclarations. Ce coût étant à peu près le même quel que soit le volume expédié, il a éliminé les plus petits exportateurs et à peine gêné les plus gros. C’est la ligne de fracture qu’il faut retenir avant toute décision commerciale avec le Royaume-Uni.
- 1 Le calendrier, remis à plat
- 2 Le vrai clivage n’est pas entre pays, il est entre tailles d’entreprise
- 3 Le marché n’a pas déménagé, contrairement à ce qu’on annonçait
- 4 La City : une dispersion, pas un transfert
- 5 Ce qui bouge en 2026, et qu’il faut anticiper
- 6 Ce que nous en retenons, côté terrain
Le calendrier, remis à plat
Trois dates suffisent à comprendre la situation actuelle. Le référendum du 23 juin 2016, la sortie effective le 31 janvier 2020, puis la fin de la période de transition le 31 décembre 2020. C’est seulement à partir du 1er janvier 2021, avec l’entrée en application de l’accord de commerce et de coopération, que les entreprises ont réellement senti la différence.
Cet accord évite les droits de douane sur les marchandises d’origine, mais il ne supprime ni les formalités douanières, ni les contrôles sanitaires, ni les règles d’origine à prouver. Autrement dit, le commerce reste possible, il devient administratif. Beaucoup de dirigeants que nous croisons confondent encore les deux, et c’est cette confusion qui coûte cher au moment de chiffrer un devis vers Douvres ou Rotterdam.
Le vrai clivage n’est pas entre pays, il est entre tailles d’entreprise
Les données réunies par le Global Trade Policy Observatory en juin 2026 sont sans appel sur ce point : entre 2019 et 2024, le nombre d’exportateurs britanniques vers l’Union a reculé de façon très inégale selon la taille des structures.
| Taille de l’entreprise | Évolution du nombre d’exportateurs vers l’UE (2019-2024) | Explication |
|---|---|---|
| Micro-entreprises | -31 % | Le coût fixe des formalités dépasse la marge dégagée sur de petits volumes |
| Petites entreprises | -22 % | Pas de service douane interne, recours obligatoire à un prestataire |
| Moyennes entreprises | -14 % | Absorption partielle du coût, réduction du nombre de références exportées |
| Grandes entreprises | Quasi inchangé | Coût dilué sur le volume, équipes dédiées déjà en place |
Source : Global Trade Policy Observatory, bilan des dix ans du Brexit, juin 2026.
Le marché n’a pas déménagé, contrairement à ce qu’on annonçait
L’idée d’un basculement du commerce britannique vers le grand large ne s’est pas vérifiée. En 2024, l’Union absorbe encore 41 % des exportations britanniques et fournit 50 % de leurs importations, contre respectivement 42,3 % et 52,5 % en 2015. Les États-Unis pèsent 22,5 %, la Chine 3,6 %.
Quant aux fameux accords de libre-échange conclus depuis, quatre sont réellement nouveaux : Australie en 2021, Nouvelle-Zélande en 2022, adhésion au partenariat transpacifique en 2024, Inde en 2025. Leur gain cumulé est estimé à 0,32 % de PIB. À comparer aux estimations de perte liée à la sortie elle-même, qui varient fortement selon les méthodes : l’Office for Budget Responsibility retient de longue date un ordre de grandeur de 4 % de PIB en moins à long terme, quand des travaux universitaires récents chiffrent l’écart à la trajectoire contrefactuelle entre 6 et 8 % en 2025. Nous préférons donner cette fourchette plutôt qu’un chiffre unique : les auteurs eux-mêmes ne s’accordent pas.
La City : une dispersion, pas un transfert
Plus de 440 entreprises du secteur financier ont déplacé au moins une activité hors du Royaume-Uni, et environ 900 milliards de livres d’actifs bancaires ont été réorientés. Mais aucune place européenne n’a récupéré le rôle de Londres. Francfort, Paris, Dublin, Amsterdam et Luxembourg se sont partagé des morceaux, chacun sur son créneau, et le principal bénéficiaire du mouvement se situe en réalité de l’autre côté de l’Atlantique, à New York.
Pour une entreprise française, la conséquence est très concrète : traiter avec un partenaire financier britannique ne relève plus du marché unique, et la question du régime applicable se pose contrat par contrat.
Ce qui bouge en 2026, et qu’il faut anticiper
La relation se renégocie depuis le sommet du 19 mai 2025, qui a acté un accord de principe sur la création d’une zone sanitaire et phytosanitaire commune, avec alignement du Royaume-Uni sur le droit européen. La Commission a présenté un projet de mandat de négociation en juillet 2025, mais aucune échéance de signature n’a été fixée. Tant que cet accord n’est pas conclu, les contrôles sur les produits animaux et végétaux restent en vigueur.
Trois autres points méritent d’être notés dans un agenda d’entreprise :
- Contrôles aux frontières : le système européen d’entrée et de sortie est déployé depuis le 12 octobre 2025 et généralisé à tous les points d’entrée français depuis le 10 avril 2026. Vos partenaires britanniques en déplacement y passent désormais systématiquement.
- Autorisation de voyage ETIAS : son lancement est annoncé pour la fin 2026. À prévoir avant tout salon ou visite d’usine planifié à cheval sur cette échéance.
- Données personnelles : la décision d’adéquation permettant les transferts vers le Royaume-Uni a été renouvelée en décembre 2025. C’est le point le plus rassurant du dossier pour une PME qui travaille avec un prestataire britannique.
Ce que nous en retenons, côté terrain
Le Brexit n’a pas fermé un marché, il a relevé la marche d’entrée. Une entreprise qui exporte régulièrement, avec un volume suffisant pour amortir la paperasse, continue de travailler avec le Royaume-Uni sans drame particulier. Une structure qui expédiait trois palettes par an a, elle, très souvent arrêté. Avant de relancer une activité outre-Manche, le calcul à faire n’est donc pas commercial mais logistique : combien coûte chaque expédition en formalités, et à partir de quel volume ce coût devient supportable.
Vous travaillez avec l’étranger ?
Un autre membre du collectif a détaillé les obligations liées à la détention d’un compte bancaire hors de France.
Information générale sur les conséquences économiques du Brexit, à jour au 11 août 2026. Les règles douanières, fiscales et sanitaires applicables à un flux précis se vérifient auprès de la douane ou d’un conseil spécialisé avant toute opération.
Publié initialement en 2023. Mis à jour le 11 août 2026.
Sources : Global Trade Policy Observatory, bilan chiffré des dix ans du Brexit, juin 2026 ; Office for Budget Responsibility pour l’estimation d’impact à long terme sur le PIB ; Commission européenne et Fondation Robert Schuman sur le sommet UE-Royaume-Uni du 19 mai 2025 et le mandat de négociation sanitaire et phytosanitaire ; ministère de l’Intérieur et Commission européenne pour le calendrier des systèmes EES et ETIAS.
