Il y a un malentendu tenace sur ce sujet. L’économie circulaire est presque toujours présentée comme un choix stratégique, une conviction d’entreprise. Pour l’immense majorité des sociétés françaises en 2026, c’est d’abord un calendrier réglementaire. Et ce calendrier vient de bouger dans les deux sens la même année, ce qui mérite qu’on s’y arrête.
Oui, l’économie circulaire est un modèle d’avenir pour les entreprises françaises, mais pas pour la raison qu’on avance d’habitude. Ce n’est pas une tendance de marché, c’est un empilement d’obligations déjà en vigueur : loi AGEC, filières à responsabilité élargie du producteur, diagnostic déchets obligatoire dans le bâtiment, et depuis le 31 juillet 2026 un droit européen à la réparation. Les obligations de reporting, elles, ont au contraire été fortement allégées début 2026.
Le fil de cet article
- La France affiche un taux d’utilisation circulaire de matière de 19,8 %, troisième rang européen derrière les Pays-Bas et la Belgique.
- Dans le bâtiment, le diagnostic produits, équipements, matériaux et déchets est obligatoire depuis le 1er juillet 2023 au-delà de 1 000 m².
- La directive européenne sur le droit à la réparation devait être transposée avant le 31 juillet 2026.
- La directive dite Omnibus a réduit d’environ 80 % le nombre d’entreprises soumises au reporting de durabilité.
Où en est réellement la France
Commençons par les chiffres, parce qu’ils contredisent à la fois les discours catastrophistes et les discours triomphants. Selon les indicateurs de suivi publiés par le service statistique du ministère de la Transition écologique, mis à jour le 7 janvier 2026, le taux d’utilisation circulaire de matière en France s’établit à 19,8 % en 2021. Cet indicateur mesure la part de matières issues du recyclage dans l’ensemble des matières consommées, et il place la France au troisième rang de l’Union européenne, derrière les Pays-Bas (27,5 %) et la Belgique.
Deux autres repères complètent le tableau. La consommation intérieure de matières atteint 11,9 tonnes par habitant en 2023, sous la moyenne européenne de 13,5 tonnes. Et la productivité matières, autrement dit la richesse produite par kilogramme consommé, s’élève à 3,18 euros en 2023, en progression de 70 % depuis 1990.
Autrement dit, la France ne part pas de zéro. Ce qui bloque n’est pas la volonté, c’est le passage du recyclage, déjà bien installé, au réemploi et à l’écoconception, qui restent marginaux.
Ce que la loi impose déjà, sans attendre les convictions
La loi du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, dite loi AGEC, a installé la plupart des mécanismes en vigueur. Voici les trois qui concernent le plus d’entreprises dans nos secteurs.
| Dispositif | Ce qu’il impose | Depuis quand |
|---|---|---|
| Responsabilité élargie du producteur | Financer et organiser la fin de vie des produits mis sur le marché, filière par filière, dont celle des produits et matériaux de construction | Extension progressive depuis la loi AGEC de 2020 |
| Diagnostic PEMD | Inventorier les produits, équipements, matériaux et déchets avant démolition ou rénovation significative, puis produire un récolement dans les trois mois | 1er juillet 2023, au-delà de 1 000 m² de surface cumulée |
| Indice de durabilité | Afficher une note sur 10 tenant compte de la fiabilité et de la réparabilité de l’appareil | 8 janvier 2025 pour les téléviseurs, avril 2025 pour les lave-linge |
Le diagnostic PEMD est celui que nous voyons le plus mal anticipé sur les chantiers. Il s’applique aussi, quelle que soit la surface, aux bâtiments ayant accueilli une activité utilisant ou stockant des substances dangereuses. Le décret du 25 juin 2021 pose une hiérarchie claire : le réemploi passe avant le recyclage. Sur le terrain, cela veut dire déposer proprement plutôt que casser, et prévoir le temps que cela prend dans le planning.
Une précision utile, parce qu’elle circule mal : l’indice de durabilité ne s’appliquera pas aux smartphones et aux tablettes. La France a renoncé à l’y étendre par un courrier adressé à la Commission européenne le 5 février 2024, après un avis défavorable lié au futur label énergétique européen.
Le droit à la réparation, échéance du 31 juillet 2026
La directive européenne 2024/1799 du 13 juin 2024 impose une logique nouvelle aux fabricants : proposer la réparation de certains produits même après l’expiration de la garantie légale, à un prix raisonnable et dans un délai raisonnable. Elle vise progressivement les produits soumis aux exigences européennes de réparabilité, lave-linge et réfrigérateurs notamment.
Les États membres devaient l’avoir transposée avant le 31 juillet 2026. En France, les textes d’application ne semblaient pas encore publiés à cette date, et les professionnels attendaient des précisions pour la fin de l’été ou l’automne 2026. Nous préférons le dire ainsi plutôt que d’annoncer des obligations dont le contenu exact n’est pas arrêté.
Pourquoi le reporting durabilité a été allégé
C’est le mouvement inverse de la même année, et il a semé beaucoup de confusion chez les dirigeants que nous croisons. La directive dite Omnibus, issue d’un accord politique de décembre 2025 et entrée en vigueur en mars 2026, relève fortement les seuils du reporting de durabilité européen. Ne restent concernées que les entreprises dépassant à la fois 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net, ce qui réduit le périmètre d’environ 80 %.
L’erreur à ne pas commettre est d’en conclure que la contrainte environnementale recule. Une entreprise dispensée de publier un rapport reste soumise à ses obligations de tri, de gestion des déchets, d’éco-contribution et de diagnostic avant travaux. Et si elle travaille comme sous-traitante d’un grand groupe, celui-ci continuera de lui réclamer ses données, contrat à l’appui.
Par où commencer quand on est une petite structure
Nous n’allons pas prétendre que la démarche soit simple pour une entreprise de vingt salariés. Voici l’ordre qui nous paraît le plus réaliste, tiré de ce que nous voyons fonctionner.
- Identifier ses flux sortants : quels déchets, en quelle quantité, à quel coût de traitement. Cette ligne existe déjà dans les factures, elle est rarement lue.
- Chercher le réemploi avant le recyclage sur les postes les plus volumineux. Dans le bâtiment, les menuiseries, les sanitaires et une partie du second œuvre trouvent preneur.
- Regarder du côté de l’écologie industrielle territoriale : le déchet d’une entreprise voisine peut être une matière première, et ces échanges se montent souvent à l’échelle d’une zone d’activité.
- Ne vendre l’argument commercial qu’ensuite, une fois la pratique réelle. Une communication en avance sur les faits se retourne vite contre son auteur.
Ce raisonnement rejoint celui que nous appliquons au bâti lui-même, développé dans notre article sur l’essor des bâtiments verts.
Questions fréquentes
L’économie circulaire fait-elle gagner de l’argent ? Sur certains postes oui, notamment la réduction des achats de matières et des coûts de traitement des déchets. Sur d’autres, le réemploi demande du temps de main-d’œuvre supplémentaire qu’il faut budgéter honnêtement. Le bilan dépend du métier et se calcule au cas par cas.
Mon entreprise est-elle soumise à une filière REP ? Cela dépend des produits qu’elle met sur le marché français, y compris en tant qu’importatrice ou en vente à distance. La question mérite d’être posée à sa fédération professionnelle ou à un conseil, car l’omission d’adhésion à un éco-organisme est sanctionnée.
Le diagnostic PEMD s’applique-t-il à une simple rénovation ? Il vise les rénovations qualifiées de significatives et les démolitions, au-delà de 1 000 m² de surface cumulée, ainsi que certains bâtiments ayant accueilli des substances dangereuses quelle que soit leur taille.
Économie circulaire et économie de la fonctionnalité, est-ce la même chose ? Non. La seconde consiste à vendre un usage plutôt qu’un bien, par exemple louer un équipement plutôt que le céder. C’est l’un des sept piliers de la première, pas son synonyme.
Un modèle voisin, souvent confondu
Un autre membre du collectif a exploré l’économie sociale et solidaire, ses statuts et ses chiffres réels.
Information générale sur le cadre de l’économie circulaire, à jour au 12 août 2026. Les obligations applicables dépendent de votre secteur, de votre taille et des produits mis sur le marché : faites-les vérifier par votre fédération professionnelle ou un conseil qualifié avant toute décision.
Publié initialement en 2023. Mis à jour le 12 août 2026.
Sources : service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique, indicateurs clés de suivi de l’économie circulaire, mise à jour du 7 janvier 2026 ; loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire ; décret n° 2021-821 du 25 juin 2021 relatif au diagnostic PEMD ; directive (UE) 2024/1799 du 13 juin 2024 sur le droit à la réparation ; Novethic pour l’abandon de l’indice de durabilité sur les smartphones et tablettes.


