Le calcul de rentabilité d’une installation solaire résidentielle n’a plus grand-chose à voir avec celui d’il y a deux ans. Un arrêté de juin 2026 a supprimé la prime à l’autoconsommation et divisé le prix de rachat du surplus. Voilà ce que ça change concrètement quand on fait poser des panneaux aujourd’hui.
Depuis début juin 2026, une installation résidentielle ne bénéficie plus de la prime à l’investissement, et le surplus injecté sur le réseau est racheté 1,1 centime d’euro par kWh hors taxes, contre environ 4 centimes auparavant. La rentabilité repose désormais presque entièrement sur l’autoconsommation : ce qui compte, c’est l’électricité que vous consommez vous-même, pas celle que vous revendez.
Ce que l’arrêté de juin 2026 a changé
Il a mis fin au modèle prime plus tarif de rachat, remplacé par un tarif unique très bas. L’arrêté tarifaire dit S21, publié le 1er juin 2026, supprime la prime à l’autoconsommation et fixe un tarif d’achat unique de 1,1 c€/kWh HT pour les installations concernées dont la demande complète de raccordement est déposée à compter du 5 juin 2026. Ce tarif est garanti vingt ans et revalorisé de 2 % par an.
Point important si votre projet est ancien : les dossiers de raccordement complets déposés avant cette date conservent l’ancien régime, prime comprise. Un devis signé au printemps 2026 et un devis signé aujourd’hui ne décrivent donc pas la même opération économique, même à matériel identique.
| Avant juin 2026 | Depuis juin 2026 | |
|---|---|---|
| Prime à l’autoconsommation | Versée, montant révisé chaque trimestre | Supprimée |
| Rachat du surplus | De l’ordre de 4 c€/kWh | 1,1 c€/kWh HT, garanti 20 ans |
| Levier principal de rentabilité | Prime + revente | Électricité autoconsommée |
| TVA (≤ 9 kWc) | Taux réduit à 5,5 % depuis le 1er octobre 2025 | Inchangé, sous conditions |
En bref
- Plus de prime à l’autoconsommation pour les demandes déposées à partir du 5 juin 2026.
- Surplus racheté 1,1 c€/kWh HT : dimensionner pour consommer, pas pour revendre.
- Orientation sud et inclinaison de 30 à 35°, ombres portées étudiées avant tout devis.
- Déclaration préalable en mairie obligatoire, un mois d’instruction, avis de l’ABF en secteur protégé.
Orientation, inclinaison, ombres : les trois critères qui font la production
La France se situe dans l’hémisphère nord, ce qui explique la règle de base : des panneaux orientés au sud reçoivent le rayonnement le plus régulier sur l’année. L’inclinaison la plus souvent retenue se situe entre 30 et 35 degrés, ce qui correspond grosso modo à la latitude moyenne du pays.
Une orientation comprise entre le sud-est et le sud-ouest reste très acceptable, avec une perte de production limitée. C’est au-delà, sur des toitures plein est ou plein ouest, que l’écart devient significatif et qu’il faut revoir le dimensionnement plutôt que de renoncer.
Le troisième critère est celui qu’on néglige le plus : les masques solaires. Un arbre qui aura pris cinq mètres dans dix ans, une cheminée, un bâtiment voisin, une souche d’antenne, tout cela projette une ombre qui pénalise la production bien plus que quelques degrés d’inclinaison. L’ombrage se mesure sur site, à différentes heures, pas sur une photo satellite.
Les ordres de grandeur généralement retenus vont de 1 100 kWh par kWc installé et par an dans le nord de la France à 1 400 kWh dans le sud. Ces valeurs varient selon la commune et la configuration exacte du toit : l’outil PVGIS de la Commission européenne, gratuit, permet de simuler son propre cas plutôt que de se fier à une moyenne nationale.
Mon logement est-il compatible ?
La question se tranche sur site, par un professionnel, et pas au téléphone. Trois vérifications structurent l’étude : l’état et la portance de la charpente, la nature de la couverture, et le tableau électrique existant.
Le point sensible reste l’étanchéité. Les traversées de toiture pour les câbles, la fixation des rails, l’intégration au bâti, tout cela se joue au moment de la pose et se paie très cher quand c’est mal fait. C’est exactement le type de travaux où nous déconseillons formellement le bricolage : intervention en toiture, courant continu, raccordement au réseau, chacun de ces trois volets exige un professionnel qualifié.
La qualification RGE est le premier filtre à appliquer au moment de comparer les devis. Elle conditionne l’accès aux aides publiques à la rénovation énergétique, et elle donne une indication sur le sérieux de l’entreprise. Demandez aussi l’attestation d’assurance décennale en cours de validité, ainsi qu’un plan de calepinage précisant le nombre de modules et leur emplacement.
Les démarches à ne pas oublier
La pose de panneaux sur une toiture existante suppose de déposer une déclaration préalable de travaux en mairie, avec un délai d’instruction d’un mois. C’est une formalité, pas une simple courtoisie : une installation posée sans autorisation vous expose à une mise en conformité à vos frais.
Le délai s’allonge si le logement se trouve dans le périmètre de protection d’un monument historique ou dans un site protégé, l’avis de l’architecte des Bâtiments de France devenant alors nécessaire. Dans ces secteurs, l’ABF peut imposer des contraintes d’implantation, voire refuser une pose visible depuis l’espace public. Mieux vaut le savoir avant de signer.
Viennent ensuite la demande de raccordement auprès du gestionnaire de réseau et, si vous vendez le surplus, le contrat d’achat. C’est la date de dépôt du dossier complet de raccordement qui fixe le régime tarifaire applicable.
Quelles aides restent en 2026
La principale est fiscale : la TVA à 5,5 % s’applique depuis le 1er octobre 2025 aux installations résidentielles d’une puissance inférieure ou égale à 9 kWc, sous conditions fixées par arrêté. Ces conditions portent notamment sur des critères environnementaux documentés pour les modules et sur la présence d’un système de gestion de l’énergie capable de piloter automatiquement des usages électriques en fonction de la production.
Deux précisions utiles. MaPrimeRénov’ ne finance pas le photovoltaïque seul : le dispositif vise le solaire thermique et les panneaux hybrides, ce qui n’est pas la même technologie. Et des aides locales existent selon les régions, les départements ou les intercommunalités, avec des conditions qui changent souvent, à vérifier auprès de votre collectivité au moment du projet.
Questions fréquentes
Faut-il installer une batterie maintenant que le surplus ne vaut plus rien ?
C’est un calcul, pas une évidence. Stocker permet de consommer davantage de sa propre production, donc d’éviter d’acheter du courant au tarif de détail. Mais le coût d’une batterie et sa durée de vie doivent être mis en face du gain réel : faites chiffrer les deux scénarios, avec et sans stockage.
Faut-il déclarer l’installation à son assureur habitation ?
Oui. Des panneaux modifient la valeur et la configuration du bâti, et une installation non déclarée peut poser problème lors d’un sinistre. Un appel à votre assureur avant la pose suffit à sécuriser ce point.
Des panneaux valorisent-ils vraiment un bien à la revente ?
L’argument est réel, mais il dépend de l’âge de l’installation, de son état, du contrat en cours et de sa production effective. Un acquéreur regardera les factures, pas la brochure du fabricant. Sur ce sujet comme sur le reste, l’avis d’un professionnel de la transaction vaut mieux qu’une estimation à vue de nez.
Solaire thermique ou photovoltaïque ?
Ce ne sont pas les mêmes panneaux, ni le même usage, ni le même calcul.
Si votre objectif de départ est de réduire la facture de chauffage plutôt que de produire de l’électricité, comparez d’abord avec les autres solutions du logement, à commencer par la climatisation réversible.
Publié initialement sur onenetwork.fr, mis à jour le 21 août 2026.
Sources : arrêté tarifaire S21 du 1er juin 2026, relayé par photovoltaique.info ; Selectra, dossier sur la prime à l’autoconsommation, consulté le 21 août 2026 ; loi de finances pour 2025 et arrêté du 9 septembre 2025 relatifs au taux de TVA de 5,5 % applicable aux installations résidentielles ; code de l’urbanisme, régime de la déclaration préalable de travaux ; PVGIS, outil de simulation du Centre commun de recherche de la Commission européenne.
Cet article donne une information générale sur l’installation de panneaux solaires. Il ne remplace ni l’étude technique d’un installateur qualifié, ni l’avis d’un professionnel sur la rentabilité d’un projet précis. Une intervention en toiture ou sur une installation électrique ne se réalise pas soi-même.