Quand nous avons publié la première version de cet article, l’intelligence artificielle dans la finance relevait encore du récit d’anticipation. Depuis, le régulateur a compté. Et ce qu’il a trouvé ne ressemble pas du tout à l’image d’une machine qui gérerait votre argent à votre place.
L’intelligence artificielle est aujourd’hui massivement adoptée par les acteurs français des marchés financiers, mais presque uniquement pour leurs processus internes. D’après l’étude publiée par l’AMF le 2 février 2026, 90 % des acteurs interrogés utilisent l’IA ou comptent le faire dans les douze mois, et 1 % seulement des cas d’usage recensés relève de la fourniture de services d’investissement. La bascule est réelle en coulisses, elle reste marginale au contact du client.
En bref
- Étude AMF du 2 février 2026, menée avec l’ESMA auprès de 100 acteurs : 90 % utilisent l’IA ou s’y préparent, 54 % ont déjà des cas d’usage en production.
- Sur les 106 cas d’usage remontés, 83 % sont internes, 17 % tournés vers le client, 1 % dans les services d’investissement.
- 72 % des entités interrogées se sont dotées d’une politique de gouvernance de l’IA.
- Côté réglementation, les obligations « haut risque » du règlement européen sur l’IA ont été repoussées au 2 décembre 2027.
Ce que le régulateur a réellement mesuré
L’AMF a interrogé 100 acteurs de la place : sociétés de gestion, prestataires de services d’investissement, prestataires sur actifs numériques et en financement participatif, sociétés cotées, cabinets d’audit et de conseil. Le résultat, publié le 2 février 2026 et conduit en coordination avec l’ESMA, ne laisse aucun doute sur l’ampleur du mouvement : 90 % déclarent utiliser l’IA ou vouloir s’y mettre sous un an, et 54 % ont au moins un cas d’usage déjà en production. L’IA générative arrive en tête des technologies employées.
Le détail compte plus que le total. Sur les 106 cas d’usage remontés, 83 % servent un besoin interne : synthèse documentaire, contrôle, conformité, aide au développement informatique. Les usages tournés vers le client pèsent 17 %. Et la fourniture de services d’investissement proprement dite, celle qui déciderait à votre place d’acheter ou de vendre, en représente 1 %.
| Terrain | Part des cas d’usage recensés | Ce que ça recouvre concrètement |
|---|---|---|
| Processus internes | 83 % | Résumé de documents, contrôle et conformité, code informatique, traitement de données |
| Relation client | 17 % | Assistants conversationnels, aide à la rédaction de réponses, préparation de dossiers |
| Fourniture de services d’investissement | 1 % | Outils intervenant directement dans une décision d’investissement pour le client |
Répartition des 106 cas d’usage déclarés. Source : AMF, étude sur l’usage de l’IA par les acteurs des marchés financiers, février 2026.
Qui pousse cette vague, et d’où viennent les outils
Trois familles d’acteurs se partagent le terrain, et elles ne jouent pas le même rôle. Les géants technologiques d’abord, Google, Facebook ou Amazon, qui fournissent l’infrastructure et les modèles. Les fintechs ensuite, qui emballent ces briques dans des services spécialisés. Les institutions financières traditionnelles enfin, longtemps prudentes, aujourd’hui clientes plus que conceptrices.
C’est justement ce partage des rôles que l’AMF pointe comme un point de vigilance. La grande majorité des entités interrogées s’appuient sur des solutions du commerce, fournies par des prestataires spécialisés très largement non européens. La dépendance technologique qui en découle figure dans l’étude au même rang de préoccupation que la gouvernance et la protection des données.
Le calendrier réglementaire a bougé, et beaucoup l’ont manqué
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle classe plusieurs usages financiers en « haut risque » au titre de son annexe III, notamment l’évaluation de la solvabilité d’un particulier et la tarification en assurance vie et santé. Ces usages devaient basculer sous obligations renforcées le 2 août 2026.
Ce n’est plus le cas. Le règlement (UE) 2026/1744, dit Digital Omnibus, entré en vigueur le 27 juillet 2026, repousse les obligations de l’annexe III au 2 décembre 2027. Attention au raccourci qui circule : le texte n’est pas suspendu pour autant. Les obligations de transparence et l’exigence de culture de l’IA au sein des entreprises ne sont pas reportées, et le RGPD continue de s’appliquer pleinement aux données que ces outils avalent.
Ce que ça change pour votre argent
Trois conséquences pratiques, de notre point de vue de lecteurs de chiffres plutôt que de communiqués.
Personne, d’abord, ne confie aujourd’hui votre épargne à une machine autonome : le 1 % relevé par l’AMF dit exactement l’inverse de ce que promettent les publicités. Ensuite, le terrain où l’IA vous concerne le plus n’est pas la bourse mais le crédit, puisque le scoring de solvabilité fait partie des usages classés à haut risque. Enfin, et c’est le point sur lequel nous sommes le plus catégoriques : une offre qui promet des gains grâce à une « IA de trading » se vérifie auprès des listes publiques d’acteurs autorisés avant tout versement, jamais après.
Trois questions qu’on nous pose souvent
Mon conseiller bancaire utilise-t-il déjà l’IA quand il me répond ?
Possiblement, mais en amont plutôt qu’à votre place. Les usages tournés vers le client pèsent 17 % des cas recensés par l’AMF et relèvent surtout de l’aide à la rédaction ou de la préparation d’un dossier, pas de la décision elle-même.
L’IA rend-elle les marchés plus instables ?
L’étude de l’AMF ne tranche pas cette question, elle mesure des usages. Les risques qu’elle met en avant sont ceux de la gouvernance, de la protection des données et d’une confiance excessive dans l’outil sans supervision humaine suffisante.
Ai-je le droit de savoir qu’une IA est intervenue dans mon dossier ?
Les obligations de transparence du règlement européen n’ont pas été reportées, contrairement au volet « haut risque ». Leur traduction produit par produit reste à préciser, et nous préférons le signaler plutôt que d’annoncer une règle uniforme qui n’existe pas encore.
Notre lecture, trois ans plus tard
La première version de cet article parlait de révolution en marche. Le mot n’était pas faux, il visait le mauvais endroit. La transformation est massive dans les directions de la conformité, les équipes de contrôle et les services techniques. Elle est très discrète là où le public l’attendait, c’est-à-dire dans la gestion de son propre argent. Cela laisse au cadre réglementaire quelques mois de plus pour se mettre en place avant que la machine ne touche aux décisions qui vous engagent vraiment.
Vous cherchez plutôt un outil concret ?
Un autre membre du collectif a passé en revue les logiciels de gestion financière en ligne et la réforme qui les bouscule.
Information générale sur l’usage de l’intelligence artificielle dans le secteur financier, à jour au 11 août 2026. Ce contenu n’est pas un conseil en investissement et ne remplace pas l’avis d’un conseiller habilité.
Publié initialement en 2023. Mis à jour le 11 août 2026.
Sources : AMF, « L’usage de l’IA par les acteurs des marchés financiers en France », étude et communiqué du 2 février 2026 ; règlement (UE) 2024/1689 sur l’intelligence artificielle, annexe III ; règlement (UE) 2026/1744 dit Digital Omnibus, entré en vigueur le 27 juillet 2026.


