Dans les entreprises que nous côtoyons, artisans, agences, petites structures du bâtiment, la « transformation numérique » n’est presque jamais arrivée par une vision stratégique. Elle est arrivée par une échéance légale, un logiciel imposé par un donneur d’ordre, ou une panne. C’est moins glamour que les conférences, et beaucoup plus proche de ce que mesurent les statistiques publiques.
La technologie transforme surtout les entreprises par trois canaux concrets en 2026 : l’intelligence artificielle, désormais utilisée par 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus contre 6 % en 2023 (Insee, enquête TIC 2025), l’obligation de facturation électronique qui démarre le 1er septembre 2026, et la montée des exigences de cybersécurité. Le reste, notamment le bouleversement annoncé du lieu de travail, a bien moins bougé que le discours ambiant ne le laisse croire.
Les repères de cet article
- 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisent au moins une technologie d’IA en 2025, contre 10 % en 2024 et 6 % en 2023 (Insee).
- Ces entreprises concentrent 66 % du chiffre d’affaires et 59 % de l’emploi de leur champ : l’adoption est très inégale selon la taille.
- Toutes les entreprises assujetties à la TVA devront pouvoir recevoir une facture électronique au 1er septembre 2026.
- Un quart des salariés télétravaillent au moins quelques demi-journées par mois, mais 65 % des cadres contre 1 % des ouvriers (Insee, données 2023).
- 1 Ce que la statistique dit de l’adoption réelle
- 2 Le vrai déclencheur de 2026 s’appelle la facture
- 3 Les données ne sont plus seulement un actif, elles sont une responsabilité
- 4 Le lieu de travail a moins bougé qu’on ne le raconte
- 5 Pourquoi tant d’entreprises n’y vont pas
- 6 Ce qu’on nous demande le plus
Ce que la statistique dit de l’adoption réelle
L’écart entre le discours et la mesure est le premier enseignement. D’après l’enquête TIC 2025 de l’Insee, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus déclarent utiliser au moins une technologie d’intelligence artificielle. Le taux a triplé en deux ans, il reste malgré tout un peu en dessous de la moyenne de l’Union européenne, mesurée à 20 %.
Ce chiffre global cache un écart massif entre les grandes structures et les petites, celui-là même que nous constatons dans nos secteurs respectifs.
| Profil d’entreprise | Part utilisant l’IA en 2025 |
|---|---|
| 10 à 49 salariés | 15 % |
| 50 à 249 salariés | 31 % |
| 250 salariés ou plus | 58 % |
| Secteur information-communication | 59 % |
| Construction, hébergement-restauration | 10 à 12 % |
Source : Insee, enquête sur les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises, résultats 2025.
Le vrai déclencheur de 2026 s’appelle la facture
Pour l’immense majorité des entreprises françaises, la bascule numérique de l’année ne vient ni de l’IA ni du cloud, elle vient de la facturation électronique. À compter du 1er septembre 2026, toute entreprise assujettie à la TVA doit être en mesure de recevoir ses factures au format électronique, sans condition de taille ni de chiffre d’affaires.
L’obligation d’émettre, elle, s’étale. Les grandes entreprises et les entreprises de taille intermédiaire y passent également au 1er septembre 2026. Les PME, TPE et micro-entrepreneurs suivent au 1er septembre 2027.
Le passage se fait par une plateforme agréée immatriculée par l’administration fiscale, dont la liste est publiée sur impots.gouv.fr. Point de vigilance que nous avons vu piéger plusieurs confrères : beaucoup de logiciels de facturation courants ne sont pas eux-mêmes agréés et s’appuient sur une plateforme partenaire. Vérifier ce point auprès de son éditeur coûte dix minutes, le découvrir fin août en coûtera davantage.
Les données ne sont plus seulement un actif, elles sont une responsabilité
La partie « exploiter ses données pour décider » du discours managérial reste vraie, mais elle s’accompagne désormais d’un volet contraignant. La directive européenne NIS 2 étend fortement le périmètre des entreprises soumises à des obligations de cybersécurité, bien au-delà des seuls opérateurs critiques historiques.
En France, le texte de transposition, porté par le projet de loi relatif à la résilience des infrastructures critiques et au renforcement de la cybersécurité, n’était toujours pas promulgué à l’été 2026. Le nombre d’entités concernées varie de 10 000 à près de 20 000 selon les estimations en circulation, et nous préférons signaler cette divergence plutôt que de trancher. Dans l’intervalle, l’ANSSI a annoncé le 8 janvier 2026 la montée en puissance de son réseau de CSIRT régionaux, qui couvrent maintenant l’ensemble du territoire et accompagnent notamment les PME en cas d’incident.
Le lieu de travail a moins bougé qu’on ne le raconte
C’est le point sur lequel l’article d’origine se trompait le plus, et nous avec. Le télétravail n’a pas dissous le bureau. D’après l’Insee, un quart des salariés télétravaillent au moins quelques demi-journées par mois en 2023, après un pic à 31 % en 2021. Le télétravail intensif, trois jours par semaine ou plus, est retombé de 18 % en 2021 à 5 % en 2023.
Surtout, la fracture est professionnelle avant d’être technologique : 65 % des cadres télétravaillent contre 1 % des ouvriers. Et seuls 2 % des salariés souhaitent télétravailler à temps plein, tandis que 60 % estiment que leur poste ne s’y prête pas. Dans le bâtiment, personne n’a jamais posé de parpaing à distance.
Pourquoi tant d’entreprises n’y vont pas
Les raisons invoquées par celles qui n’utilisent pas l’IA sont instructives, parce qu’elles ne parlent presque pas d’argent. Selon la même enquête Insee, 71 % des non-utilisatrices déclarent simplement ne pas en voir l’utilité pour leur activité, et 54 % invoquent un manque d’expertise, une proportion qui grimpe à 73 % chez les grandes entreprises.
Traduction de terrain : le frein n’est pas le coût de l’outil, c’est l’absence de problème clairement formulé auquel l’outil répondrait. Nous avons vu plus de logiciels abandonnés faute d’usage que faute de budget. Avant d’acheter, il vaut mieux savoir quelle tâche précise on veut supprimer, et pouvoir la chiffrer en heures. Ceux qui cherchent par où commencer côté administratif trouveront un panorama des outils de gestion financière en ligne chez un autre membre du collectif.
Ce qu’on nous demande le plus
Faut-il un budget conséquent pour commencer ? Pas nécessairement. La première étape utile est un inventaire des tâches répétitives et de leur durée réelle. Sans ce chiffrage, aucun outil ne se justifie et aucun retour sur investissement ne se mesure.
Mon logiciel de facturation actuel suffira-t-il en septembre 2026 ? Cela dépend de son raccordement à une plateforme agréée. La question se pose à l’éditeur, par écrit, et la réponse se conserve.
Une TPE est-elle concernée par les obligations de cybersécurité ? Directement, cela dépendra du texte français et du secteur d’activité. Indirectement, oui : les donneurs d’ordre soumis à NIS 2 répercutent leurs exigences sur leurs sous-traitants, y compris très petits.
La même bascule, vue du secteur immobilier
Un autre membre du collectif a passé en revue les technologies qui changent réellement les métiers de la pierre.
Information générale sur la transformation numérique des entreprises, à jour au 12 août 2026. Le calendrier de la facturation électronique et la transposition française de NIS 2 peuvent évoluer : vérifiez l’état du droit applicable à votre situation auprès de votre expert-comptable ou d’un conseil qualifié.
Publié initialement en 2023. Mis à jour le 12 août 2026.
Sources : Insee, enquête sur les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises, résultats 2025 ; Insee, fiche « Pratique du télétravail », données 2019-2023 ; Urssaf et economie.gouv.fr pour le calendrier de la facturation électronique ; ANSSI pour le déploiement des CSIRT régionaux annoncé le 8 janvier 2026.


