Sur les chantiers, la bascule s’est faite sans grand discours. En quelques années, l’étiquette énergétique est passée du statut de papier administratif qu’on cherchait dans le dossier de vente à celui de critère qui décide du prix, et parfois du droit de louer. C’est là que l’écologie a vraiment rencontré l’immobilier.
L’essor des bâtiments verts en France ne repose plus sur la bonne volonté des acteurs mais sur un calendrier réglementaire précis. Le DPE commande l’accès à la location, la RE2020 durcit ses seuils carbone par paliers dans le neuf, et l’écart de prix entre un logement performant et une passoire est désormais mesuré par les Notaires de France. Un bien mal classé n’est plus un bien à rénover un jour : c’est un bien avec une date limite.
En bref
- Le bâtiment représente 43 % de la consommation d’énergie française et 23 % des émissions de gaz à effet de serre.
- Location interdite pour les logements classés G depuis le 1er janvier 2025, F au 1er janvier 2028, E au 1er janvier 2034.
- Dans le neuf, la RE2020 a resserré ses seuils carbone au 1er janvier 2025, avec deux nouvelles marches en 2028 et 2031.
- En 2024, un appartement classé A s’est vendu en moyenne 16 % plus cher qu’un équivalent classé D, contre 9 % d’écart en 2021.
- 1 Pourquoi le bâtiment se retrouve en première ligne
- 2 Dans le neuf : la RE2020 avance par paliers
- 3 Dans l’existant : le DPE impose son calendrier
- 4 Investir : la valeur verte n’est plus une hypothèse
- 5 Rénover : ce que finance MaPrimeRénov’ en 2026
- 6 Ce que nous vérifions avant de signer sur un bien annoncé « vert »
Pourquoi le bâtiment se retrouve en première ligne
Le secteur pèse trop lourd pour rester en dehors de la trajectoire climatique française. Selon le ministère de la Transition écologique, le bâtiment représente 43 % des consommations énergétiques annuelles du pays et génère 23 % des émissions de gaz à effet de serre. Ces deux chiffres expliquent l’essentiel de la réglementation des dix dernières années, du neuf comme de l’existant.
La conséquence pratique est simple : la performance énergétique a cessé d’être un argument de brochure pour devenir une condition d’exploitation du bien.
Dans le neuf : la RE2020 avance par paliers
La réglementation environnementale 2020, dite RE2020, s’applique aux permis de construire déposés depuis le 1er janvier 2022 et a succédé à la RT 2012. Sa nouveauté tient moins à la consommation qu’à l’empreinte carbone : elle compte le carbone du bâtiment sur son cycle de vie, matériaux et équipements compris, et pas seulement l’énergie qu’il consommera.
Ce cadre se resserre par étapes annoncées à l’avance. Au 1er janvier 2025, l’indicateur carbone de construction est passé de 640 à 530 kg CO2/m2 pour une maison individuelle, et de 740 à 650 kg CO2/m2 pour un logement collectif. Deux nouvelles marches sont programmées, en 2028 puis en 2031, avec un objectif de 490 kg CO2/m2 pour le collectif. C’est ce qui pousse les constructeurs vers le bois, le béton bas carbone et les isolants biosourcés, bien plus qu’un effet de mode.
Dans l’existant : le DPE impose son calendrier
Pour le parc déjà construit, c’est la loi Climat et Résilience qui fixe le tempo, à travers le diagnostic de performance énergétique. Les échéances sont connues et rapprochées.
| Échéance | Ce qui s’applique |
|---|---|
| 1er avril 2023 | Audit énergétique obligatoire pour vendre une maison ou un immeuble en monopropriété classé F ou G |
| 1er janvier 2025 | Logements classés G interdits à la location ; audit énergétique étendu à la vente des biens classés E |
| 1er janvier 2028 | Logements classés F interdits à la location |
| 1er janvier 2034 | Logements classés E interdits à la location ; audit énergétique étendu à la classe D |
Pour un propriétaire bailleur, ce tableau se lit comme un plan de charge. Le DPE et les autres diagnostics engagent d’ailleurs le vendeur bien au-delà de la signature, un point que nous avons développé dans notre mise au point sur l’utilité réelle des diagnostics immobiliers.
Investir : la valeur verte n’est plus une hypothèse
L’écart de prix lié à l’étiquette énergétique est désormais mesuré. Dans leur étude annuelle sur la valeur verte, les Notaires de France relèvent qu’en 2024, un appartement classé A s’est vendu en moyenne 16 % plus cher qu’un appartement comparable classé D, un écart de 12 % pour les B et de 6 % pour les C. Le point marquant est la progression : ce même écart n’était que de 9 % pour les logements classés A en 2021.
Côté fiscalité, le paysage a changé et beaucoup d’articles en circulation restent en retard. Le dispositif Pinel, longtemps présenté comme le levier de l’investissement locatif dans le neuf performant, est fermé aux nouvelles acquisitions depuis le 1er janvier 2025. Les investisseurs déjà engagés conservent leur réduction d’impôt jusqu’au terme de leur engagement. La loi de finances pour 2026, promulguée le 20 février 2026, lui a substitué un statut du bailleur privé fondé sur un mécanisme d’amortissement, réservé aux logements collectifs loués nus, avec un engagement de neuf ans.
Rénover : ce que finance MaPrimeRénov’ en 2026
L’aide principale reste MaPrimeRénov’, dont le guichet a rouvert le 23 février 2026 après l’adoption de la loi de finances. Le dispositif privilégie désormais la rénovation d’ampleur plutôt que le geste isolé : pour y prétendre, les travaux doivent faire gagner au moins deux classes au DPE, s’appuyer sur un audit énergétique préalable et être suivis par un accompagnateur agréé.
Un avertissement de terrain, puisque nous voyons régulièrement le cas : les délais d’instruction se sont allongés avec le stock de dossiers en attente. Un plan de trésorerie qui suppose le versement de l’aide avant le solde de l’artisan est un plan fragile.
Ce que nous vérifions avant de signer sur un bien annoncé « vert »
- La date du DPE et sa cohérence avec les travaux réellement réalisés, factures à l’appui.
- Pour un logement collectif, l’existence d’un plan pluriannuel de travaux et l’état du fonds de travaux de la copropriété.
- Le mode de chauffage et son coût annuel réel, relevés de consommation à l’appui plutôt que l’estimation théorique.
- Pour un achat en neuf, la version de la RE2020 applicable au permis, qui n’est pas la même selon l’année de dépôt.
L’immobilier vert n’est plus un segment de marché à part, c’est en train de devenir la norme d’exploitation d’un logement. Le vrai sujet, pour un propriétaire comme pour un investisseur, n’est plus de savoir s’il faut rénover, mais dans quel ordre et avec quel financement.
Information générale à jour au 8 août 2026. Les dispositifs d’aide, seuils et régimes fiscaux évoluent vite : faites confirmer votre situation par un conseiller France Rénov’, un notaire ou un professionnel de la fiscalité avant de vous engager.
Quel dispositif pour investir aujourd’hui ?
Pinel, Denormandie et les régimes qui leur succèdent : notre comparatif remet les avantages fiscaux à leur place.
Sources : ministère de la Transition écologique (part du bâtiment dans la consommation d’énergie et les émissions de GES) ; loi Climat et Résilience, calendrier d’interdiction de location ; seuils carbone RE2020 applicables depuis le 1er janvier 2025 ; Notaires de France, étude sur la valeur verte des logements (données 2024) ; loi de finances pour 2026 promulguée le 20 février 2026.


