Deux millions de dollars de Hong Kong. C’est le seuil sous lequel une société hongkongaise paie 8,25 % d’impôt sur ses bénéfices, et c’est le chiffre qui revient dans toutes les conversations sur l’expatriation d’entreprise. Il est exact. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le décor qu’on plante habituellement autour.
Hong Kong taxe les bénéfices selon un principe de territorialité : seuls les profits qui y trouvent leur source sont imposés, au taux de 8,25 % sur les deux premiers millions de dollars de Hong Kong de bénéfice imposable, puis 16,5 % au-delà. Il n’existe ni TVA, ni impôt général sur les plus-values, ni imposition des dividendes reçus (PwC Tax Summaries, page révisée le 22 juillet 2026). En revanche, l’exonération des revenus dits offshore ne tombe pas toute seule : elle se demande, se documente, et elle a été nettement resserrée depuis 2023.
Une fiscalité basse, ce n’est pas une fiscalité inexistante
La force de Hong Kong tient moins au taux qu’à la simplicité de l’assiette. Une société y déclare ses bénéfices, applique le barème à deux étages, et s’arrête là : pas de taxe sur la valeur ajoutée à collecter, pas de taxe professionnelle, pas de retenue sur les dividendes qu’elle distribue. Cette lisibilité vaut au moins autant que le taux lui-même quand on gère une petite structure.
| Poste | Traitement à Hong Kong (2026) |
|---|---|
| Bénéfices d’une société | 8,25 % jusqu’à 2 M HKD, 16,5 % au-delà, sur les profits de source hongkongaise |
| TVA ou équivalent | Aucune |
| Plus-values | En principe non imposables |
| Dividendes reçus | Exonérés |
| Groupe de sociétés liées | Une seule entité du groupe peut bénéficier du taux réduit de 8,25 % |
Ce dernier point mérite d’être lu deux fois. La règle anti-abus interdit de dupliquer des sociétés pour multiplier la tranche à 8,25 % : au sein d’un groupe d’entités liées, une seule est désignée chaque année pour en profiter.
Le régime offshore de 2016 n’existe plus tel quel
C’est le point sur lequel la plupart des articles français n’ont pas été remis à jour. Depuis le 1er janvier 2023, Hong Kong applique un régime dit FSIE (foreign-sourced income exemption), élargi au 1er janvier 2024 aux plus-values de cession d’actifs. Quatre catégories de revenus étrangers, les intérêts, les dividendes, les plus-values de cession de participations et les revenus de propriété intellectuelle, sont désormais réputées de source hongkongaise et donc imposables lorsqu’elles sont reçues à Hong Kong par une entité appartenant à un groupe multinational, sauf à satisfaire une exception.
Pour les revenus autres que ceux de propriété intellectuelle, cette exception passe par une condition de substance économique : des locaux, du personnel et des dépenses à Hong Kong, en rapport avec les revenus concernés. Autrement dit, la boîte aux lettres ne suffit plus.
Cette réforme n’est pas venue de nulle part : Hong Kong figurait depuis le 5 octobre 2021 sur la liste grise européenne des juridictions fiscales non coopératives (annexe II). Le territoire en a été retiré le 20 février 2024, précisément après l’entrée en vigueur du FSIE élargi. Bonne nouvelle pour la réputation de la place, mauvaise nouvelle pour qui cherchait un montage sans substance.
La création de la société, elle, reste vraiment simple
Sur ce terrain, l’article que nous avions écrit il y a dix ans n’a pas pris une ride. Une société privée limitée par actions se constitue avec un seul actionnaire et un seul administrateur personne physique, sans capital minimum, et le dépôt électronique par l’e-Registry aboutit couramment en moins d’une journée. La nationalité du fondateur n’entre pas en ligne de compte.
Trois obligations locales sont en revanche systématiquement oubliées dans les présentations commerciales :
- un secrétaire de société résidant à Hong Kong, ou une personne morale hongkongaise, imposé par la Companies Ordinance (Cap. 622) ;
- un siège social enregistré physiquement à Hong Kong ;
- un audit annuel des comptes, qui n’a rien d’optionnel et se répète chaque année.
Côté frais publics, les prestataires locaux s’accordent en 2026 sur un ordre de grandeur de 1 545 HKD pour l’enregistrement électronique au Companies Registry et 2 350 HKD pour le certificat d’enregistrement d’entreprise d’un an, ce dernier montant ayant évolué au 1er avril 2026. Ce sont des sources secondaires concordantes, pas un tarif officiel que nous avons pu recouper à la source : à vérifier auprès du Companies Registry avant de budgéter.
Le sujet dont on parle le moins : vous restez résident fiscal français
C’est ici que la promesse de départ se fracasse le plus souvent. Créer une société à Hong Kong ne change rien à votre situation personnelle si vous vivez, travaillez et décidez depuis la France. Plusieurs mécanismes s’appliquent alors, et ils n’ont rien de théorique.
Le premier tient au lieu de direction effective : une société pilotée depuis un salon français peut se voir rattacher son activité à la France, quelle que soit l’adresse figurant sur son certificat. Le deuxième est l’article 123 bis du code général des impôts, qui vise la personne physique domiciliée en France détenant au moins 10 % d’une entité étrangère à actif principalement financier soumise à un régime fiscal privilégié au sens de l’article 238 A, c’est-à-dire imposée à un niveau inférieur d’au moins 40 % à l’impôt français : les bénéfices sont alors réputés acquis par le détenteur, sur une base majorée de 25 %. Son pendant pour les sociétés est l’article 209 B.
Le troisième est purement déclaratif, et c’est celui qui coûte le plus cher aux distraits : tout compte bancaire détenu à l’étranger doit être déclaré, sous peine d’une amende de 1 500 € par compte et par année non déclarée. Nous avons détaillé ailleurs les obligations liées aux comptes bancaires détenus hors de France, elles valent aussi pour un compte professionnel hongkongais.
Quant au fameux secret bancaire hongkongais, il appartient au passé. Hong Kong applique la norme d’échange automatique de renseignements de l’OCDE depuis le cadre légal de 2016, et procède à des échanges effectifs depuis septembre 2018. Les relations franco-hongkongaises sont par ailleurs régies par l’accord de non-double imposition signé le 21 octobre 2010, en vigueur depuis le 1er décembre 2011.
En bref
- Le taux de 8,25 % puis 16,5 % est réel, l’assiette est simple, il n’y a ni TVA ni taxe professionnelle.
- L’exonération des revenus étrangers dépend depuis 2023 d’une condition de substance : locaux, personnel, dépenses sur place.
- La constitution est rapide, mais impose un secrétaire résident, un siège local et un audit annuel.
- Un dirigeant resté résident fiscal français reste soumis au droit français, articles 123 bis et 209 B du CGI en tête.
Trois questions qui reviennent à chaque discussion
Peut-on gérer une société hongkongaise depuis la France ?
Matériellement oui, la banque et l’administration acceptent le distanciel. Fiscalement, c’est exactement ce qui déclenche le risque de requalification du lieu de direction effective. Piloter à distance et prétendre à une exonération offshore sont deux positions difficiles à tenir en même temps.
Faut-il être présent physiquement pour créer la structure ?
Non, l’enregistrement se fait en ligne. L’ouverture du compte bancaire, elle, reste le point de friction réel : les banques hongkongaises ont durci leurs procédures de conformité et demandent souvent un entretien et un dossier d’activité étayé.
Hong Kong est-il encore considéré comme un paradis fiscal ?
Le territoire n’est plus sur la liste grise européenne depuis février 2024 et participe à l’échange automatique d’informations. Il reste une place à fiscalité basse, ce qui n’est pas la même chose qu’une place opaque, et c’est justement cette nuance qui décide de la solidité d’un projet.
Un projet d’entreprise plus près de chez vous ?
Un autre membre du collectif a chiffré le lancement d’une activité avec des moyens serrés.
Publié le 11 janvier 2016. Mis à jour le 20 août 2026.
Sources : PwC Tax Summaries, Hong Kong SAR, Corporate taxes on corporate income (page révisée le 22 juillet 2026) ; Inland Revenue Department de Hong Kong, échange automatique de renseignements relatifs aux comptes financiers ; Conseil de l’Union européenne, révision de la liste des juridictions non coopératives du 20 février 2024 ; code général des impôts, articles 123 bis, 209 B et 238 A ; décret n° 2011-1766 du 5 décembre 2011 publiant l’accord France / Hong Kong du 21 octobre 2010.
Cet article présente une information générale sur la fiscalité et le droit des sociétés. Il ne constitue pas un conseil fiscal ou juridique personnalisé : un projet d’implantation à l’étranger se prépare avec un avocat fiscaliste ou un expert-comptable.