Une bonne partie de ce qui circule sur la retraite des fonctionnaires date d’avant 2011. L’âge légal a bougé deux fois en trois ans, le seuil de quinze ans de services a disparu, et le départ anticipé des parents de trois enfants est fermé depuis 2012. Faisons le point sur ce qui s’applique vraiment aujourd’hui.
Un fonctionnaire relève de deux étages obligatoires : une pension de base versée par le SRE ou la CNRACL, calculée sur le traitement indiciaire des six derniers mois, et la RAFP, régime additionnel par points assis sur les primes. L’âge légal, relevé progressivement de 62 à 64 ans par la réforme de 2023, a été gelé par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 pour les générations 1964 à 1968.
Trois caisses, et la première question à se poser
Le régime dont vous dépendez découle de votre versant de la fonction publique et de votre statut, pas de votre métier. C’est le point de départ de toute démarche, parce que c’est la caisse qui liquidera votre dossier.
| Situation | Régime de base | Étage additionnel |
|---|---|---|
| Fonctionnaire d’État, magistrat, militaire | Service des retraites de l’État (SRE) | RAFP |
| Fonctionnaire territorial ou hospitalier | CNRACL | RAFP |
| Agent contractuel, ou fonctionnaire radié avant 2 ans de services | Régime général (Cnav) | Ircantec |
La RAFP, créée en 2005 et obligatoire, mérite qu’on s’y arrête. Elle fonctionne par points et se calcule sur les primes et indemnités, retenues dans la limite de 20 % du traitement indiciaire brut de l’année. La cotisation totale est de 10 %, moitié agent, moitié employeur. La prestation est servie en capital jusqu’à 5 124 points acquis, et en rente à partir de 5 125 points. Pour un agent fortement primé, la différence avec un collègue au même indice mais sans régime indemnitaire est loin d’être symbolique.
Le seuil de quinze ans n’existe plus
C’est la correction la plus utile de cet article, parce que l’ancien chiffre reste partout. La durée minimale de services effectifs ouvrant droit à une pension de fonctionnaire est de deux ans, hors bonifications, pour les agents radiés des cadres à compter du 1er janvier 2011. Les quinze ans ne concernent plus que les radiations antérieures à cette date.
En dessous de ce seuil, les droits ne disparaissent pas : l’agent est rétabli au régime général et à l’Ircantec, avec effet rétroactif sur la période concernée. La CNRACL rappelle à ses employeurs que ce rétablissement doit être fait dans l’année qui suit la radiation, faute de quoi c’est l’agent qui en subit les conséquences au moment de liquider. Si vous avez quitté la fonction publique après quelques années, vérifiez dans votre relevé de carrière que cette période apparaît bien quelque part.
En bref
- Deux ans de services suffisent pour ouvrir droit à pension depuis 2011, plus quinze.
- La LFSS 2026 gèle le calendrier de la réforme de 2023 pour les générations 1964 à 1968.
- La pension de base se calcule sur le traitement indiciaire des six derniers mois, primes exclues.
- Le départ anticipé des parents de trois enfants est fermé depuis le 1er janvier 2012.
À quel âge, maintenant que la réforme est suspendue
Pour la catégorie sédentaire, qui concerne la grande majorité des agents, l’âge légal suit le calendrier ci-dessous depuis la suspension votée fin 2025 dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Il s’applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
| Année de naissance | Âge légal | Trimestres requis |
|---|---|---|
| 1963 et 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| Janvier à mars 1965 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| Avril à décembre 1965 | 63 ans | 171 |
| 1966 / 1967 / 1968 | 63 ans et 3 mois / 6 mois / 9 mois | 172 |
| 1969 et après | 64 ans | 172 |
Source : tableau publié par le GIP Union Retraite sur le portail public Info Retraite, intégrant la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Consulté le 16 août 2026.
La catégorie active, qui regroupe les emplois classés comme présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles, suit le même mouvement avec cinq ans d’avance : l’âge légal y passe progressivement de 57 à 59 ans, et certains corps dits super-actifs partent plus tôt encore. Le classement en catégorie active dépend de l’emploi occupé et d’une durée minimale passée dans ces fonctions, pas d’une appréciation personnelle. La limite d’âge, elle, reste fixée à 67 ans pour les sédentaires.
Les départs anticipés qui existent encore
Le dispositif réservé aux parents de trois enfants ayant quinze ans de services est fermé depuis le 1er janvier 2012, en application de la loi du 9 novembre 2010. Seuls les agents qui remplissaient déjà la double condition à cette date l’ont conservé, et encore, avec les règles de calcul de leur génération. Écrire aujourd’hui qu’une mère de trois enfants peut partir quand elle veut serait faux.
Restent trois portes ouvertes. Le dispositif carrière longue, pour qui a commencé à travailler jeune et remplit une durée cotisée minimale en début de carrière. La retraite pour invalidité, accordée sans condition d’âge ni de durée de services en cas de radiation pour inaptitude définitive. Enfin, le départ anticipé du fonctionnaire handicapé ou du parent d’un enfant lourdement handicapé, sous conditions précises tenant notamment à des interruptions d’activité.
Comment se calcule la pension

Comment savoir le montant de sa retraite fonctionnaire ?
La pension du fonctionnaire relève du Code des pensions civiles et militaires de retraite, et non de l’assurance vieillesse du régime général. La formule est stable : traitement indiciaire brut de référence, multiplié par le taux de liquidation, proratisé par le rapport entre les trimestres liquidables et la durée de référence. Le traitement de référence est celui des six derniers mois, hors primes, et l’indice retenu doit avoir été détenu au moins six mois avant la cessation de fonctions. À défaut, c’est l’indice précédent qui s’applique, ce qui pèse lourd sur une promotion obtenue trop tard.
Le taux plein est de 75 %, porté jusqu’à 80 % avec certaines bonifications. En dessous du nombre de trimestres requis s’applique une décote de 1,25 % par trimestre manquant, et au-delà de l’âge légal avec la durée complète, une surcote au même rythme. Un minimum garanti protège les pensions les plus faibles ayant atteint le taux plein. Les primes, elles, ne rentrent jamais dans ce calcul : elles ne produisent des droits que via la RAFP.
Trois questions qu’on nous pose souvent
Quand faut-il déposer sa demande ?
Plusieurs mois avant la date envisagée, auprès de son employeur, qui transmet à la caisse. Les délais recommandés varient selon le versant et selon la caisse : la seule source fiable reste votre service des ressources humaines et l’espace personnel de votre régime.
Une carrière mixte public-privé complique-t-elle les choses ?
Elle multiplie les interlocuteurs mais ne fait pas perdre de droits. Chaque régime liquide sa part. Le relevé de carrière commun, accessible depuis le portail inter-régimes, est l’outil qui permet de vérifier qu’aucune période n’a disparu, y compris les années de vacation ou de contractuel.
Faut-il faire vérifier son dossier par un tiers ?
C’est un service payant, utile surtout sur les carrières compliquées : détachement, disponibilité, services à l’étranger, temps partiel de droit. Avant d’en arriver là, l’entretien information retraite proposé gratuitement par votre régime traite déjà la plupart des situations classiques.
Cet article donne une information générale, à jour au 16 août 2026, sur une matière qui a été modifiée trois fois depuis 2010 et dont le calendrier reste suspendu jusqu’en 2028. Il ne constitue ni un conseil personnalisé ni une estimation de vos droits : seuls votre employeur, votre régime de retraite et, le cas échéant, un professionnel qualifié peuvent se prononcer sur votre situation.
Une pension se prépare des deux côtés : ce qu’on percevra, et ce qu’on aura mis de côté. Nos conseils pour gérer votre budget restent la meilleure base de départ.
Compléter la pension par de l’épargne ?
Le plan d’épargne retraite obéit à ses propres règles fiscales, à connaître avant d’ouvrir.
