La blague revient à chaque pause de dix heures sur le chantier : dans dix ans, il paraît qu’une machine fera le boulot à notre place. J’ai fini par aller vérifier ce que valent vraiment les deux robots que tout le monde cite.
Aucune machine ne sait aujourd’hui « tout faire ». Les robots réellement polyvalents sortent tout juste du laboratoire et visent l’usine et l’entrepôt, pas votre maison ni votre chantier. Chez les particuliers, la polyvalence s’arrête pour l’instant à une tâche par machine : aspirer, tondre, laver. Ce qui progresse vite, ce n’est pas le robot à tout faire, c’est le robot spécialisé qui devient abordable.
En bref
- Baxter, souvent décrit comme un robot de chantier, était un robot d’usine à deux bras. Son constructeur a fermé en octobre 2018.
- Atlas n’est pas un produit Google : Boston Dynamics appartient à Hyundai, qui en détient la totalité depuis juillet 2026.
- La France a installé 4 900 robots industriels en 2024 et recule au 4e rang européen (IFR, World Robotics 2025).
- Le seul robot vraiment entré dans les foyers français reste monotâche : la tondeuse robot pèse déjà un cinquième du marché des tondeuses.
Baxter : un robot d’usine, pas un robot de chantier
Baxter n’a jamais été conçu pour les chantiers. C’était un robot d’atelier à deux bras, de taille humaine, pensé pour les tâches répétitives d’une chaîne de production : prendre une pièce, la retourner, la poser dans un carton. Son intérêt réel tenait à sa méthode d’apprentissage. Au lieu de le programmer, un opérateur lui prenait le bras et lui montrait le geste une fois.
Derrière la machine, un nom qui parlera à ceux qui ont un robot aspirateur dans le salon : Rodney Brooks, cofondateur d’iRobot en 1990 avec deux de ses étudiants, la société qui a sorti le Roomba en 2002. Il quitte iRobot en 2008 pour monter Rethink Robotics et commercialise Baxter en janvier 2013.
La suite est moins glorieuse et c’est justement ce qui manque dans les articles enthousiastes. Rethink Robotics a fermé en octobre 2018, avec une centaine de Baxter vendus seulement. Les brevets et le logiciel sont partis chez l’allemand HAHN Group ; les droits sur Baxter et le stock restant chez Hunan CoThink Robotics. Une tentative de relance en septembre 2024 s’est éteinte l’année suivante.
Atlas : Boston Dynamics, et Google n’en est plus propriétaire
Atlas appartient à Boston Dynamics, filiale du coréen Hyundai, pas à Google. La confusion est compréhensible : Google a bien racheté Boston Dynamics en 2013, avant de la revendre à SoftBank en 2017. Hyundai en prend le contrôle en 2021, puis rachète en juillet 2026 les 9,65 % que SoftBank détenait encore, pour 325 millions de dollars.
Google n’a pas disparu du dossier pour autant, et c’est là que l’histoire devient amusante. Au CES de janvier 2026, Boston Dynamics a présenté un Atlas entièrement électrique et annoncé un partenariat avec Google DeepMind pour lui greffer ses modèles de raisonnement. Presque dix ans après la revente, les deux maisons retravaillent ensemble.
Ce que fait réellement ce robot
Le nouvel Atlas soulève jusqu’à 50 kg, dispose de 56 degrés de liberté et d’une portée de 2,3 mètres. Boston Dynamics le destine à l’industrie manufacturière et à la logistique : les premiers exemplaires partent en 2026 chez Hyundai et chez Google DeepMind, les autres clients étant annoncés pour début 2027. Son dirigeant évoque bien un robot qui entrerait un jour dans nos maisons, mais il le présente comme un objectif de long terme, pas comme le produit du moment.
Autrement dit, l’assistant domestique qui ferait le ménage et les gestes de premiers secours n’existe pas. Je préfère le dire franchement plutôt que de laisser circuler la légende.
Ce qui est vrai, ce qui ne l’est pas
| Ce qu’on lit souvent | Ce que disent les sources |
|---|---|
| Baxter est un robot de chantier | Robot d’usine à deux bras, tâches répétitives de production |
| Baxter arrive dans les entreprises | Constructeur fermé en octobre 2018, environ 100 unités vendues |
| Atlas est un produit Google | Boston Dynamics, détenue à 100 % par Hyundai depuis juillet 2026 |
| Atlas vous aide aux tâches ménagères | Usine et logistique ; livraisons 2026 chez Hyundai et Google DeepMind |
| Les robots envahissent les ateliers français | 4 900 robots installés en 2024, 4e rang européen, en recul depuis 2022 |
L’atelier français, lui, se robotise plutôt lentement
La France a installé 4 900 robots industriels en 2024 et est passée quatrième en Europe, derrière l’Allemagne (26 982 unités), l’Italie (8 783) et l’Espagne (5 100), d’après le rapport World Robotics 2025 de la Fédération internationale de robotique. Le pic national date de 2022, avec 5 380 unités. On est loin de l’invasion.
La catégorie qui monte vraiment, ce sont les cobots, ces robots conçus pour travailler à côté d’un humain sans cage de protection. Ils progressent de 12 % dans le monde, à 64 500 unités, soit 12 % du marché des robots industriels. C’est exactement la famille à laquelle appartenait Baxter, et qui lui a survécu.
Sur un vrai chantier, la question reste d’ailleurs beaucoup plus terre à terre. La conduite d’un engin exige une autorisation délivrée par l’employeur, appuyée sur une formation de type CACES. Aucun automate ne dispense de cette chaîne de responsabilité, et pour tout ce qui touche à la structure, au gaz ou à l’électricité, on passe par un professionnel qualifié. C’est aussi vrai avec une machine à 200 000 euros qu’avec une scie à ruban bien choisie.
À la maison, la polyvalence n’existe pas encore
Les robots réellement installés chez les particuliers font une seule chose, et ils la font bien. La tondeuse robot est le cas le plus parlant : selon les données NielsenIQ-GfK relayées par la presse spécialisée en 2025, 112 603 unités ont été vendues en France en 2024, pour 174,4 millions d’euros, soit 20,6 % du marché total des tondeuses. Un cinquième des tondeuses vendues dans le pays sont donc des robots.
Sur l’aspirateur robot, je suis plus prudent, parce que les chiffres se contredisent. Certaines publications avancent 12 % des ménages équipés en 2026, d’autres citent GfK pour dire près d’un foyer sur cinq. Aucune des deux n’a pu être remontée jusqu’à sa source d’origine, donc je préfère signaler l’écart plutôt que de trancher au hasard.
Alors, faut-il craindre pour son métier ?
Honnêtement, non, pas à cette échéance. Ce qui se passe est plus discret : une machine reprend une tâche pénible et répétitive, l’humain garde l’arbitrage, le diagnostic et la relation client. Sur les six derniers mois, ce qui a le plus changé nos journées à nous, ce ne sont pas les humanoïdes, ce sont les outils sans fil et les niveaux laser à 80 euros.
Et Wikipédia dans tout ça ?
Le texte d’origine plaisantait sur un robot qui réciterait tous les articles de Wikipédia. La blague a mieux vieilli qu’on ne le croit : la vraie rupture de 2026 n’est pas mécanique, elle est logicielle. Ce que DeepMind apporte à Atlas, ce n’est pas un bras de plus, c’est la capacité à comprendre une consigne formulée en langage courant.
Ce que nous en retenons
Une machine qui sait tout faire, ça reste une promesse commerciale. Une machine qui sait faire une chose sans se plaindre, ça existe, ça se vend, et ça a déjà changé la manière dont on entretient un jardin. C’est probablement par là que la robotique entrera chez vous, pas par la porte du salon avec un humanoïde à 100 000 euros.
Un extérieur à remettre en forme ?
Le robot de tonte n’est utile que si le terrain est pensé pour lui. On vous explique comment préparer le vôtre.
Publié initialement sur onenetwork.fr. Mise à jour le 23 août 2026.
Sources : Fédération internationale de robotique (IFR), World Robotics 2025 ; Boston Dynamics, annonce Atlas du CES de janvier 2026 ; Hyundai Motor Group, rachat de la participation résiduelle de SoftBank (juillet 2026) ; The Robot Report et Wikipédia pour l’historique de Rethink Robotics ; NielsenIQ-GfK 2025, relayé par la presse spécialisée, pour le marché français de la tondeuse robot.
Sujets que nous aimerions creuser ensuite : le coût réel d’un cobot pour un atelier de moins de dix salariés, et l’entretien hivernal d’une tondeuse robot.